dimanche, 24 février 2008
Adieu ma chérie.

Les mauvaises nouvelles continuent de se succéder comme les jours se ressemblent et s'écoulent : pesamment.
Aujourd'hui, L'un de mes chats est mort. Elle était comme un avion furtif, imprenable en photo à l'exception de celle ci faite par surprise il y a des années. Elle se rendait presque transparente tant elle mettait un soin précis à disparaître aux yeux des humains, et pourtant son absence laissera un creux béant dans la vie de ma mère, dans celle de mon autre chat et dans la mienne. Je suis venue chez ma mère et j'ai mis son corps tout raide et tout froid dans une jolie boite, qu'on a été enterrer avec le respect qu'on doit à ses vieux amis.

Ce blog n'est pas éteint, il est en sommeil. Ma santé, mon moral, et d'autres considérations pratiques comme le manque de lumière et de sujets à portée de déclenchement, font que je ne peux pour l'instant le mettre à jour comme je le souhaiterais. Ce n'est pas tout : souvent, je me restreins d'y poster parce que j'estime probablement à tort que tel sujet est trop présent ou que tel autre ne devrait pas s'enchaîner avec celui en cours, que tel autre sujet vous barbe, ou qu'il n'a pas sa place dans ma ligne éditoriale qui n'en est que plus fluctuante.
Je trouve stupide que l'abondance d'idées m'empêche de mettre à jour là ou ce devrait être le contraire. Dès que ce sera possible, je vais faire éclore ce blog en un site ou se mèleront une boutique, d'autres pages consacrées à la retouche, et plusieurs blogs avec chacun son thème bien défini, je n'aurai alors plus besoin de m'empêcher de poster une mise à jour sous prétexte qu'elle ne serait pas compatible avec le reste. Via le rss, vous pourrez suivre les thèmes qui vous plaisent et seulement ceux là, ou le tout, comme vous le souhaiterez.
Je travaille en parallèle sur le site de Lietho, mon compagnon. Nous allons ouvrir ce site avec wordpress (si je tenais l'enfoiré qui m'a convaincue que d'héberger son site soi même c'était plus facile que sur une plateforme clefs en mains...), et je compte sur l'expérience acquise dans la construction de ce site pour forger le mien. Je vais très probablement déménager dans un appartement plus clair, ce qui me donnera l'occasion de faire des clichés différents de ceux des quatre dernières années, et probablement confèrera un souffle nouveau à ma démarche.
C'est la dernière raison pour laquelle je ne poste plus : j'ai soif de qualité, et j'ai trop souvent transigé avec celle ci, justifié la présence d'une image moyenne par un texte moyen, cherché a tout utiliser y compris des fonds de tiroirs en écoutant les sarcasmes familiaux qui me persuadaient que je n'étais pas capable de mieux.
J'ai entendu il y a longtemps un conseil d'importance : ne mets jamais dans ton portfolio une image comportant un seul défaut sur lequel tu ressentirais le besoin de t'excuser. Si tu n'as pas assez d'images correspondant à cette description, travaille plus dur et n'en présente que lorsque ce sera le cas.
J'ai déja attendu pour faire une expo bien qu'on m'ait proposé à plusieurs reprises un lieu associatif ou ce genre de choses, car je savais bien que mon travail actuel ne correspondait pas à ces critères de qualité. Je me suis rendue cette année à l'évidence que mon blog - lui non plus - n'y correspondait pas, et que je n'avais plus envie de faire la sourde oreille à ce constat. Je ne sais pas tous les combien de temps je posterai, mais seulement des images dont je n'aurai à rougir sur aucun point.
Voila, je ne fais donc pas grand chose parce que c'est entre autres un peu comme si le temps pour moi s'était arrêté, que je bougeais au ralentiii dans un gros bloc de gelée semi transparente. avec un peu de chance - je le voudrais en tout cas - cela fondra au printemps.
02:20 Publié dans photo hu-bohu (émotions) | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : chat, douleur, mort, pleurer, dépression, photo, image
lundi, 10 décembre 2007
Profitez-en bien...

...parce que vous n'en verrez pas souvent des comme ça ici :) (brrr)
Elle était là un soir au bord du parc ou je garde ma voiture, et elle avait tissé son châle géant entre un arbre et le dessus de la haie. Cette araignée était tellement énorme que j'ai pu la prendre en macro sans trop m'approcher, merci le 60 macro qui revient à 90mm sur mon appareil ! Je sais qu'elles sont communes, mais habitant en pleine ville, je ne les croise qu'épisodiquement, l'occasion à fait le larron.
M'enfin je confirme, non seulement je suis ravie d'en voir le moins possible, mais de toute façon les macros d'araignée, même disponibles, je ne ferai pas ça tous les jours :) !
05:48 Publié dans photo hu-bohu (émotions) | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : araignée, macro, macrophotographie, toile, arbres, rhonelle, valenciennes
mardi, 31 juillet 2007
Illumination
"Tu connais, ces oeufs durs qu'on conserve dans des bocaux de vinaigre dans les bars ? c'est la même chose. au bout d'un moment, ils prennent un goût abominable, et c'est pas la faute de l'oeuf. " Barbara Kingsolver - "L'arbre aux haricots" . |
22:10 Publié dans photo hu-bohu (émotions) | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : famille, comprendre, souffrance, atavisme, pourri, photo, image
vendredi, 13 juillet 2007
Le vertige du thé
00:05 Publié dans photo hu-bohu (émotions), photo mnivore (miam), triptyques et plus si affinités | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : thé, infusion, tasse, tisane, triptyque, photo, image
lundi, 11 juin 2007
♪ le temps ne fait - rien à l'affaiiiire... ♪♪

Note pour plus tard : quand un couvercle de boite de conserve à anneau résiste, il faut continuer à le saisir par l'anneau et tirer, PAS le prendre machinalement par les côtés en tirant bien fort :) ...
07:35 Publié dans photo hu-bohu (émotions) | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : photo, image, arts, plaisir des yeux, boutique, tirage, valenciennes
lundi, 04 juin 2007
J'écris enfin,
et je prends le temps de bien le faire. La sensation est étrange, elle me rappelle la fameuse phrase attribuée à De Gaulles qui parle d' "d'avoir été au bord du gouffre, et d'arriver enfin à faire un grand pas en avant" ...
Ces prochains jours, je posterai des images. Je peux me l'autoriser maintenant que j'ai la certitude d'arriver à finir ce que j'ai commencé.
19:56 Publié dans photo hu-bohu (émotions) | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : photo, image, arts, plaisir des yeux, boutique, tirage, valenciennes
mercredi, 09 mai 2007
Le point de non retour
Voilà, c'est ici.
A partir de cet instant, je n'ai plus aucune raison de ne pas écrire la suite. Plus de vraies excuses, plus de fausses non plus... La conscience pleine et entière de ce que j'attends. Pas tout à fait l'acceptation totale de ce vide, pas l'envie de renoncer à ce qui ne se produira jamais, mais la certitude que c'est une necessité vitale de ne plus l'attendre, d'enfin commencer à vivre. Tout cela, je l'ai bien tassé dans cette seconde avec la crainte qu'elle m'explose à la face après l'avoir refermée.
Je suis toujours assise sur ce chemin.
Des chaînes, j'ai brisé les maillons les plus éloignés, je dois maintenant arracher les vastes torcs qui m'entravent, quitte à m'en briser les os.
C'est cela que je crains. Après, ne plus tenir debout.
Quand la haine à été le plus solide, le plus aimant peut être de vos tuteurs, quand grâce à elle vous vous êtes élevé droit jusqu'à l'âge adulte, quand l'impossibilité de dire vous a aidé pour tous les autres sujets, de tout temps, à ne jamais rester muet dans l'indignation, vous ne savez pas si en vous débarassant de cette pierre fondatrice ce n'est pas votre pile que vous débranchez. Ca se tiendrait. Tant d'énergie fournie par tant d'acide, une fois trop de temps passé cela ronge, cela détruit.
j'ai beaucoup d'appréhensions mais je tiens, tout de même, ce pari.
03:20 Publié dans photo hu-bohu (émotions) | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : purge, famille, douleur, traumatisme, expiation, autobiographique, libération
vendredi, 06 avril 2007
A propos du rêve
Ce qu'il y a, c'est que je n'arrive pas à faire le deuil de cette paix dans l'ignorance que je n'ai pas eu le temps d'apprécier ni même de vivre, à propos de la mort.
Ils ont déchiré en pièces mon intégrité physique en franchissant les barrières de ma satiété contre ma volonté, et ce avant même que je puisse prendre conscience que mon corps m'appartenait, que j'étais moi. Moi n'existe pas. Ensuite, et alors que j'avais a peine trois ans, probablement suite à des questions de ma part, ils m'ont forcé a appréhender l'idée que mon corps n'était rien d'autre qu'un morceau de viande en sursis, qui allait bientôt s'avarier en se dégradant de la plus horrible des manières et être dévoré par des insectes, pour enfin disparaître dans des liquides visqueux et puants.
Ma mère ne le dit pas comme ça bien sûr, elle m'explique juste que le corps pourrit. comme si ne rien dire changeait la réalité du mot et de ce qu'il recouvre.
Affreux contrepoint : on me raconte en souriant que l'âme survit. Elle revivra dans un autre corps paraît-il. Ma mère oublie de me préciser chaque fois qu'elle m'en parle que l'âme perdra ses souvenirs dans la mort, j'en déduis qu'après avoir eu conscience que le corps pourrit dans des souffrances insupportables, l'âme sera libérée par la liquéfaction des chairs pour aller violer l'intégrité physique du corps de quelqu'un d'autre. Boudhisme de merde ! Hippie de merde ! Famille de merde qui a laissé ma mère me raconter ce genre d'horreurs et qui pour certains de ses membres en a rajouté une louche alors que je les interrogeais pour être rassurée !
Certains commentaires ( merci, a toutes et tous pour votre présence et pour vos mots ! ) évoquent l'idée de blanche neige dans les images du rêve. Je n'avais jamais fait ce rapprochement, mais il est interessant.
Si je reprends ce thème alors je dirais qu'a 5 ans, on veut voir la mort de blanche neige comme non-irrémédiable, comme le grand sommeil qui précède l'arrivée des grands bonheurs.
Moi, j'avais 4 ou 5 ans et non seulement je savais que blanche neige ne serait pas restée intacte dans son cercueil, mais je pouvais imaginer sa dégradation avec la plus terrible acuité. C'était facile. Il suffisait d'entendre ma grand mère sortant quelquechose du frigo :" beuarrg ! c'est POURRI ! " et de regarder quel aspect c'était. C'était moi morte alors. c'était ma mère morte. Les grands bonheurs n'existent pas.
Le personnage du rêve n'était pas une émanation de ma personnalité, c'était vraiment ma mère. Je crois que j'étais choquée plus que tout par le soulagement qu'elle éprouvait à l'idée que son corps pourrisse, cette joie qu'elle tentait de me transmettre à l'idée que son âme survive pour voir cela, cette satisfaction qu'elle semblait donc avoir à l'idée qu'elle allait disparaître et me laisser seule, abandonnée aux visions de son image grouillante d'insectes et puante.
Vous qui vous êtes vus autrement que comme un morceau de viande bon à jeter ou en sursis de l'être, vous qui avez des enfants qui n'ont pas conscience ni de leur mort ni de la votre avec ses conséquences gerbatives, savourez ces moments comme des trésors précieux d'innocence.
A moi, on me les a volés.
13:55 Publié dans photo hu-bohu (émotions) | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : photo, image, art, appareil photo numérique, famille, douleur, catharsis
mercredi, 28 mars 2007
Le rêve.
J'entre dans la chambre de ma mère, comme je le fais souvent pour jouer sur son lit.
Je m'occupe à diverses activités quand un mouvement attire mon regard vers le sol. A travers la glace, je devine le visage de ma mère. Elle semble allongée sous la surface gelée, prisonnière face en haut, tentant de trouver une sortie. Je saute à bas du lit, je m'agenouille et je tente de discerner si j'ai bien vu, j'essaye aussi d'enlever la poudre neigeuse qui s'est déposée comme à la patinoire. En effet, je l'ai bien reconnue. J'ai peur car il ne reste que quelques bulles d'air plates sous cette glace épaisse d'une dizaine de centimètres, je sais que ma mère suffoque, qu'elle est entrain de mourir.
Ma mère m'a expliqué que lorsqu'on mourrait, on pourrissait. On s'arrête de vivre mais seulement le corps, et alors on se met à pourrir. Quand j'avais trois ans je ne comprenais pas bien ce qu'elle voulait dire, ça me faisait très peur et je sentais son angoisse, alors je lui répondais qu'on "pourrirait ensemble", ça la faisait rire. Maintenant que j'ai 5 ans je suis grande et je suis moins bête quand même, et je sais ce que c'est quand la viande a une drôle de couleur, comme le jambon dans le frigo qu'on oublie parce qu'il est au fond et qui pue.
Quand on meurt, on est pourri et on pue, et on devient tellement horrible que les gens veulent vous jeter à la poubelle.
Je vois la bouche de ma mère qui s'ouvre et qui se referme, elle a un teint de tranche de jambon qui pue. elle est entrain de pourrir parce qu'elle baigne dans l'eau, parce qu'elle ne peut plus respirer, parce qu'elle ne fait rien pour se sauver elle même. je voudrais qu'elle remue ou qu'elle nage, qu'elle agisse... mais elle reste là comme une coquille molle, visqueuse et vidée.
Je ne sais pas quoi faire !
Je crie de toutes mes forces en mettant mes mains en porte voix vers le sol, mais elle semble ne rien entendre. ses yeux sont vitreux, absents, on dirait de la gelée pas fraîche, la gelée qui pue.
Je sais que si je casse cette épaisseur de glace feuilletée, je pourrai la sortir de là, l'obliger à s'acrocher pour remonter, je parviendrai à la sécher et à lui faire reprendre les couleurs de la vie. je pourrai la démourir et la dépourrir. Je ne veux pas qu'elle disparaîsse.
Elle ne bouge presque plus. Elle verdit, on dirait de la couenne. Je panique !
Je martèle la glace de plus en plus rugueuse avec mes poings, la surface rend un son mat sous les coups, ses aspérités m'écorchent sévèrement les mains, le sang gicle, il brouille l'image de ma mère à ma vue dans des arabesques rouges et fumantes.
Elle a disparu, et c'est de ma faute. Mes mains me font mal. Je saigne en silence.
00:00 Publié dans photo hu-bohu (émotions) | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : phoo, image, art, appareil photo numérique, famille, douleur, catharsis
vendredi, 16 mars 2007
Les années de gavage.
J'ai un an, je suis trop petite et trop frêle, pâle, les cheveux noirs, une vraie blanche-neige. Ma grand mère prend sur elle de me remplumer, j'imagine, à moins qu'elle ne soit tout simplement folle.
j'ai moins de deux ans, je suis du genre à chipoter, à très peu manger, mais on me force à avaler des assiettées d'adulte par séduction, par détournement d'attention, par chantage ou encore par promesses. j'enfourne dans ma bouche des quantités de nourriture croissantes, et un de mes premiers souvenirs de nourriture est au même âge quand je me force à avaler des bouchées dont je ne sens plus le goût depuis longtemps tout en respirant lentement pour contenir la nausée, en regardant les yeux de ma grand mère : je veux qu'elle m'aime, je veux qu'elle soit fière de moi. Dans le même temps, je fais l'apprentissage des névroses de cette famille, comme les morceaux de viande bien dévolus à chacun selon son rang. Le croupion pour ma grand mère, la carcasse pour mon grand père. Pour moi, les bréchets, petits os a ronger sans crainte de les avaler.
Ronger.
Nettoyer, gratter, finir. compter, s'extasier.
je mange un petit-suisse, j'ai toujours deux ans. je me force à le finir, accepter cette cuillère intrusive et violeuse dans ma bouche et quand je le crois fini, je me sens soulagée. ma grand mère reprend le pot et gratte, soigneusement, tout le tour du fond jusqu'en haut, par bandes successives, en me montrant. regarde : il reste plus d'une cuillère de petit suisse quand tu grattes ! (Elle s'extasie sur cette petite cuillère surnuméraire et inattendue). Elle me la fourre dans la bouche. j'apprends la leçon avec écoeurement. Encore. Et puis encore. Et puis encore. Et puis encore.
Quelquefois, je regarde tous les autres à table, je ne comprends pas encore vraiment que ce que j'attends d'eux c'est de l'aide.
« Mais fous-lui la paix ! »... je fais des rêveries éveillées ou mes oncles disent à grand-mère d'arrêter, de me laisser me reposer, de cesser de me remplir, que je suis bien comme je suis, que je suis normale, que je ne suis pas malade et puis ils me prennent dans leur bras et je m'y roule en boule pour m'y endormir, en m'y sentant en sécurité.
Au lieu de ce rêve, je dois subir l'escalade de leurs tentatives pour réussir à me faire manger, et ainsi se faire bien voir de ma grand mère. chacun me fera avaler sa cuillère à un moment ou à un autre avec de la joie dans le regard, et de la fierté a avoir réussi a franchir les barrières de ma satiété encore un peu plus que le précédent.
ils sont si heureux quand je mange, alors, je mange. j'avale, j'apprends à ne pas me préoccuper de la sensation de faim, j'apprends à considérer que la satiété, c'est le moment ou, à peu près au milieu de l'entrée, on passe aux choses sérieuses : il faut prendre son courage a deux mains et déglutir mécaniquement, jusqu'a ce que le ventre soit tendu, et qu'on ait envie de vomir. je déploie des techniques pour manger sans faim, comme classer les aliments dans l'assiette, celui qu'on préfère en dernier, ou encore mettre la purée au carré puis manger les coins, et encore les coins, et les autres coins, ça passe mieux en jouant. il faut redemander des plats, et être celle qui arrange tout le monde en finissant ce qui empêche de faire la vaisselle.
Dans l'indifférence générale, je deviens une poubelle de table tant à leurs yeux qu'aux miens.
Car hélas, la folie de ma grand mère ne s'étend pas qu'aux quantités. Il faut tout manger. tout. Même les parties que tout le monde jette ou ne prend pas la peine d'aller chercher pendant des heures. Comme le gras de la viande, mais aussi les cartilages du poulet, " les croquants ! c'est le meilleur ! ", ou encore les parties molles entre les os « c'est le meilleur ! », le gras du jambon « c'est le meilleur ! », le fruit taché et piqué par les oiseaux " c'est le meilleur ! », et ainsi de suite. Je me persuade que ces choses sont délicieuses et que c'est ce que je préfère,
J'apprends à concevoir de la fierté à avoir tout mangé, tout nettoyé, tout gratté, sans jamais rien trier. Cela me fait passer pour une dingue et une dégueulasse auprès de mes camarades et auprès de la maîtresse. Je suis tiraillée entre être insatisfaite de moi si je ne ronge pas chaque parcelle de nourriture, en imaginant le regard désapprobateur et les soupirs de ma grand mère, ou alors à essayer d'expliquer à mes camarades que c'est comme ça qu'on m'a appris. je choisis connement la deuxième solution : « c'est ma famille qui me l'a expliqué, les gens les plus grands, les plus beaux, les plus forts, alors ils doivent avoir raison et les autres tort... c'est vous qui êtes bizarres. " J'en prends plein la gueule, ils me jugent anormale. Je rapporte parfois leurs paroles à ma grand mère, qui aura une réponse toute trouvée : laisse-les, ils sont bêtes.
Non, grand mère. C'est toi qui l'était. Mais c'est moi qui ai perdu.
Peu à peu, les souvenirs du temps ou je savais quand je n'avais plus faim, ou je préférais les parties saines des aliments, et ou je rêvais que les membres de ma famille prennent fait et cause pour me protéger, ces souvenirs donc deviennent de plus en plus flous, de plus en plus lointains. je les fourre dans ma gorge entre la purée et le yaourt. J'ai presque quatre ans.
Le surpoids inévitable sous un tel gavage commence à s'étendre, et avec lui, je dois subir de nouvelles humiliations. Alors que chacun avait tenté à son tour de me gaver, chacun prend sur lui de tenter de nouvelles méthodes pour m'empêcher de manger et prouver qu'il est plus malin que les autres dans cette tâche. Ma prise de poids devient MON échec ( en quel honneur, on se le demande !), mon amaigrissement serait LEUR réussite. Entre autres chantages plus ou moins affectifs, promesses et manipulations, le sarcasme semble fonctionner pour me couper l'appétit, ils s'en donnent à coeur joie.
J'imagine qu'ils pensent qu'il faut me secouer, pour me faire réagir... ben voyons. ça n'est pas comme si ma confiance en moi avait déjà été détruite quand j'ai renié ma satiété, vous pensez bien...
— prends-moi dans tes bras !
— ça va pas non, tu es bien trop lourde ! si tu mangeais moins déjà... (une tante)
—...
— Han ! retirez-lui la confiture ! il ne va plus en rester ! (bien fort, devant tout le monde. les autres rient et confirment) (un oncle)
— hmm... regardeuh comment-je-fais, (sourire faussement amical, même à cette époque je m'en rends parfaitement compte, c'est blessant et humiliant.) tu vois, si tu mets du beurre - un petit peu ! - seu-le-ment sur un quart de ta crêpe, lààà regarde :) , tu peux la plier et avoir l'impression qu'il y a du beurre partout. tu-com-prends ? ( en surarticulant, comme si j'étais une mongole ou je ne sais quoi...) (une tante)
— nan, mais si vas-y (accompagner je ne sais qui) , et puis ça te fera faire du sport, t'as vu comment tu es là MOUARF ( il éclate de rire) (un oncle)
— Ah j'ai parlé avec Untelle, elle m'a parlé de toi ( contient son rire), elle m'a dit que tu étais, je la cite (rit franchement) une charmante petite fille, et (mouaaaaaarf ) que tu étais très jolie ( ma grand mère. finit hilare).
je bloque, alors elle rajoute : « nan, mais bon (le fou rire se calme), elle avait l'air de le penser hein ! alors j'ai voulu te le dire :)»
—...
— ho lala, nan mais la gamine là, je sais pas, faites quelque chose ! ARRÊTE de manger toi, t'en as pris bien assez ! ( Il m'attrape le poignet comme si j'étais une voleuse) lâche la cuillère ! ALLEZ ! (un oncle)
— ah non ! descend de mes genoux ! tu me fais mal, tu es trop grosse ! (un oncle, il me repousse en me posant par terre. je regarde avec détresse l'autre oncle assis à côté de nous, je me demande si c'est vrai que je leur fais mal et que je suis si lourde, parce que je ne m'en rends pas compte moi même. il répond à mon interrogation muette)
- ah ben oui, hein, si tu grossis trop on ne pourra plus te prendre sur nous. C'est comme ça. ( Sourire entendu, qui me glace. )
Je tente plusieurs fois de dire à des femmes de la famille que les oncles ne veulent plus me prendre dans leurs bras parce que je suis trop grosse, j'espère chaque fois qu'elles vont me dire : " quoi ? ils ont dit ça ? c'est méchant, et ce n'est pas vrai en plus. ils sont assez forts pour te faire des câlins et te proteger, et tu ne seras pas trop lourde pour qu'ils te prennent dans leurs bras avant très longtemps ! " . Ces tordues, au contraire, sentent que le sarcasme a touché au but et en profitent pour le renforcer, en espérant, j'imagine, que ça me donne envie de cesser de manger :" bah ouiii hein ! ils ne peuvent plus ! c'est qu'il faut te porter avec le poids que tu fais ! tu ne te rends pas compte toi ! " . À partir de ce moment, je sais que si je n'ai plus de câlins, si aucun d'eux n'ose me toucher ou me prendre sans ses bras, c'est que je suis non seulement trop laide et trop lourde pour que mes oncles m'aiment, mais aussi que ce fait est approuvé par les autres femmes comme une attitude normale et logique de la part des oncles.
À chaque fois, ce sont des coups de poignard. je ressens une terrible honte mêlée de peur et d'incompréhension, et je vois bien que je fais honte à ma mère et à ma grand mère, ce qui me blesse profondément. je voudrais me cacher, je voudrais disparaître, pour cesser d'être la verrue qui entache leur vie.
La boucle fonctionne bien : on m'a appris entre autres que lorsqu'on se sent mal, ont doit se taire surtout, et se réconforter avec de la nourriture. quelque chose qui sort de l'ordinaire cuit à l'eau de la famille, un truc de luxe, un truc gras ou sucré, un gâteau, un aliment plaisir. c'est de toute façon le seul réconfort que cette famille de cinglés peut ou veut prodiguer.
Après avoir ancré en moi le réflexe de gagner leur amour en me forçant à me gaver, ils me renvoyaient tout leur mépris parce que j'y étais parvenue. ils ne m'avaient laissé aucun choix. ne me parlez pas de régimes, de prendre conscience, de sport ou de faire attention, comme si j'étais coupable de quelque chose. je n'ai pas encore 5 ans.
La surenchère dans le travail de sape continue. Chacun est persuadé de faire exactement ce qu'il faut tandis que les autres se trompent, alors chacun insiste lourdement. Ils se moquent de ma mère et la critiquent sans cesse parce qu'elle ne saurait pas s'occuper de moi. Ils pensent que je ne les entends pas, mais je les entends. Tout le temps. Ils sont nombreux, répartis dans toute la maison, et ils parlent en mal de ceux qui ne sont pas là dès qu'ils ne sont pas là. ma mère travaille maintenant, elle n'est pas là souvent. Je suis trop petite pour dépasser du dossier derrière le canapé, ou pour être remarquée quand je joue sous la table ou dans l'escalier. alors, je les entends et je ne peux rien y faire. Très tôt, mais pas si tôt, je prendrai conscience que la vie aurait été plus facile si j'avais eu un respect bêta pour la parole de ma mère et pour ses actes. Pour l'instant, j'apprends à ne pas lui faire confiance et a mépriser ses efforts, au rythme des horreurs que j'entends sur son compte de la part de ses frères et soeurs. paradoxalement et dans le même temps, ils m'interdisent a moi de dire quoi que ce soit la concernant. toute tentative d'exprimer un problème est sévèrement réprimée, ce qui, au vu de ce que j'entends à longueur de journée, est incompréhensible et douloureux pour moi.
.
Lors des spectacles de fin d'année, ma mère m'engueule devant tous les autres parents, car elle devait acheter un bidon de lessive pour le costume de robot, elle a pris la taille recommandée et je ne rentre pas dedans. Ça l'agace et elle pense que cela la rend ridicule aux yeux des autres parents. Alors, elle le dit tout haut en m'engueulant, comme quand on a une tache sur son chemisier et qu'on fait" HAN ! MERDE, t'as vu je me suis TACHEE ! " pour désamorcer d'éventuelles remarques ou regards...
J'essaye d'expliquer que ça m'a fait mal à une de mes tantes pour qu'elle m'aide à comprendre, et peut être qu'elle me défende... Je crois qu'inconsciemment j'ai besoin en cet instant de la complicité d'une soeur et de son réconfort, je ne trouverai qu'un mur infranchissable.
Elle me dit fermement que je n'ai pas compris, que maman voulait sûrement dire autre chose, et elle me plante là. je l'aime, et je suis blessée par son attitude peut-être plus que par les remarques de ma mère, dont j'ai hélas pris l'habitude.
Autre exemple parmi tant d'autres, à Pornichet, quelques années plus tard et je ne sais plus dans quel contexte extra habituel, on descend de voiture dans le jardin de la location, maman me regarde comme si j'étais une merde puante et me crie dessus et me dit que je suis difforme." Mais tu t'es vue enfin ??? TU ES DIFFORME ! " ensuite elle soupire d'énervement et elle s'en va vers la maison, me laissant estomaquée dans l'allée avec certains des oncles et des tantes.
Je ne comprends pas bien ce qui s'est passé, je crois que ça veut dire que j'ai dix formes, mais je ne suis pas bien sûre. J'ai besoin d'aide parce que le ton de ma mère m'a choquée, alors c'est encore vers cette tante que je me tourne pour essayer d'avoir du réconfort puisque c'est elle dont je suis le plus proche, et surtout pour qu'elle m'aide a comprendre. Je cherche le soutien de mes pairs, pas celui des adultes, comme tout enfant à tendance à le faire. Elle me dit agacée que j'ai mal compris, que ce n'est pas ça que ma mère a dit, que j'ai mal entendu.
Elle dit que j'ai mal entendu sur ce ton qui signifie : tais-toi ! arrête de parler de ça ! Elle se raidit et je ne comprends pas ce que j'ai fait de mal. Devant mon insistance elle rajoute en levant les yeux au ciel que je prends tout mal et que difforme c'est pas méchant enfin, c'est moi qui interprète tout parce que je suis trop susceptible, elle me dit cela en me regardant droit dans les yeux. elle ose. je ravale ma tristesse après qu'elle me soit revenue double dans la gueule, en ayant rebondi sur ce mur de mépris que ma tante m'oppose.
elle se fait la digne fille de sa tordue de mère, qui ne supporte pas qu'on exprime sa détresse et qui cherche à la détourner par une dénégation ou du sarcasme, mouarf ou pff, au choix, avec en cadeau empoisonné ce haussement d'épaules infranchissable et ce regard agacé levé au ciel. TAIS-TOI. tchp ! tchp! tu t'arrêtes !
Mais comme c'est sain ! comme c'est aimant !
Pas blessant ni destructeur du tout. un vrai plaisir...
Durant les 10 ans qui suivront, elle réagira toujours de cette façon, refusant de m'apporter son soutien et ajoutant systématiquement l'injure à l'insulte par le mur de dénégation qu'elle oppose à ma détresse, ce qui ne me laissait non seulement désemparée, mais surtout pleine de peur à l'idée que je ne pouvais demander de l'aide à personne.
On n'a pas TORT d'être blessée ! on n'a pas TORT d'en parler ! On n'a pas TORT de demander de l'aide ! encore moins par principe enfin ! quelle éducation malsaine à pu lui faire croire le contraire ?
Je me suis battue, moi, pour ne pas mettre en oeuvre leurs conneries de règles anti émotion tacites,et ne pas blesser d'autres gens. Et pourtant, j'aurais tellement eu besoin de ce genre de protection contre la douleur des autres, qui s'ajoutait à la mienne de façon parfois insupportable ! je trouvais simplement cette pirouette non seulement méprisante, mais moralement indéfendable, et je n'aurais jamais pu me regarder en face si je l'avais appliquée.
Ce que je ne cesse de me demander, c'est comment eux le peuvent, après tout le mal qu'ils ont fait ?
Bientôt, je vais réussir à parler du reste, le pire peut-être, et surtout le mal qu'ils ont laissé me faire.
14:40 Publié dans photo hu-bohu (émotions) | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : phoo, image, art, appareil photo numérique, famille, douleur, catharsis










